vendredi 3 avril 2020

Album mourir en novembre


Paris Violence - Dans les barbelés


[Couplet 1]
Un froid matin d’automne
Quelque part en Champagne
Sous un ciel monotone
Déchiré par la mitraille
Les compagnies s’engouffrent
Dans les boyaux souterrains
Pleins d’une odeur de soufre
De poudre et de sang humain

[Pont 1]
On a même plus le courage
De pleurer sur notre sort
L’angoisse arrive à ras bord
Finies les rancoeurs et la rage
Plus que la peur et la mort

[Refrain]
Les barbelés, ils m’encerclent
Les barbelés se resserrent
Les barbelés, ils me griffent
Les barbelés, ils me déchirent

[Couplet 2]
Étalés dans la boue
Les cadavres s’entassent
Moi, terré dans un trou
Je sens que mon sang se glace
Mon pote Léon s’effondre
Sous la morsure de l’acier
Ce sera donc ça ma tombe
La mélasse des tranchées
[Pont 2]
Gaston n’a pas attendu
Hier il a pris son couteau
Et s’est lacéré la jambe
Préfère crever dans un hosto
Que dans le chaos du no man’s land

[Refrain]
Les barbelés, ils m’encerclent
Les barbelés se resserrent
Les barbelés, ils me griffent
Les barbelés, ils me déchirent

[Couplet 3]
Un froid matin d’automne
À courir dans les flaques
Même l’air s’empoisonne
Il faut sortir les masques
Des malheureux s’étranglent
Pour avoir trop tardé
Et se roulent dans un râle
Au milieu des barbelés

[Pont 3]
Est-ce que je serai vivant demain
Avec deux jambes et deux bras ?
J’en sais rien…
Y’a personne qui me répondra
Les barbelés eux, sont là…

[Refrain]
Les barbelés, ils m’encerclent
Les barbelés se resserrent
Les barbelés, ils me griffent
Les barbelés, ils me déchirent

Paris Violence - Soir d'orage



[Couplet 1]
Le ciel était comme du charbon
Plus noir que noir, épais et sale
Et crachait sur les pavillons
Une pluie de banlieue banale
Une vague lueur jaunâtre
Vacillait derrière quelques portes
Faisant un petit reflet moite
Dans les rues de cette cité morte

[Refrain]
Et moi j’étais là, à ronger mon frein
Dans cette petite pièce
À la tapisserie si moche
Regardant filer ces journées sans fin
Avec dans ma tête comme des coups de pioche

[Couplet 2]
En face, la maternelle fermée
À côté, le parking désert
Une bagnole passe et disparaît
Dans le gris de la pluie d’hiver
Plus besoin de rêver de ciel bleu
Comme des paquets de Gauloises
Je sais que tout restera pluvieux
Entre ces sombres toits d’ardoise

[Refrain]
Et moi j’étais là, à ronger mon frein
Dans cette petite pièce
À la tapisserie si moche
Regardant filer ces journées sans fin
Avec dans ma tête comme des coups de pioche

[Couplet 3]
Petit jardin en contrebas
Frigo rouillé sur la pelouse
Niche sans chien, mannequin sans bras
Odeur de bois et odeur de blues
Toile cirée dans la cuisine
Et solitude vertigineuse
Lampe blafarde qui décline
Dans cette après-midi pluvieuse

[Refrain]
Et moi j’étais là, à ronger mon frein
Dans cette petite pièce
À la tapisserie si moche
Regardant filer ces journées sans fin
Avec dans ma tête comme des coups de pioche

Paris Violence - Grandeur et décadence



Couplet 1]
Toujours hystéro-pathétique
Moins besoin d’affection que de fric
La pluie trempe mon bomber kaki
Centre commercial Place d’Italie
Le vent se lève sur Tolbiac
Circuits kaput, neurones en vrac
Et les grands immeubles s’allument
En se reflétant sur le bitume

[Refrain]
Et l’horizon se bouche encore
Sur une tragédie sans décor
Dans une époque sans grandeur
Qu’on étrangle dans sa torpeur
Toujours le même mal du siècle
Les mêmes soupirs dans les règles
Les mêmes regards résignés
Devant les empires effondrés

[Couplet 2]
Je redescends l’Avenue des Gobelins
Il gèle putain, quel temps de chien
Les cons heureux sortent du cinoche
Et leur parapluie se fout en torche
Lumière blanche des réverbères
Derrière les fenêtres, les télés s’éclairent
Et je regarde les halls des immeubles
De soir en soir toujours plus seul

[Refrain]
Et l’horizon se bouche encore
Sur une tragédie sans décor
Dans une époque sans grandeur
Qu’on étrangle dans sa torpeur
Toujours le même mal du siècle
Les mêmes soupirs dans les règles
Les mêmes regards résignés
Devant les empires effondrés

[Couplet 3]
Pile de boulot sur le bureau
Et toujours le moral à zéro
Le regard noyé dans le gris
Un peu de haine, tant de mépris
Lugubre fin de millénaire
Une tourmente sans lumière
Pas de salut en temps si durs
Naufrage des siècles obscurs

[Refrain]
Et l’horizon se bouche encore
Sur une tragédie sans décor
Dans une époque sans grandeur
Qu’on étrangle dans sa torpeur
Toujours le même mal du siècle
Les mêmes soupirs dans les règles
Les mêmes regards résignés
Devant les empires effondrés

ParisV - Sombre époque


ParisV - Amertume


Paris Violence - Grisaille



Zone industrielle Tolbiac-Bercy

Entrelacs d'acier , de pylône et de câbles
Dédale ferroviaire sous un ciel gris

Miasmes chimiques insupportables

Zone dedans la zone, grand dépotoir

Trop plein de la Ville-Lumière

Transpercé de grands immeuble noirs

Enfer de misère ouvrière

Grisaille... (x4)

Désespoir périphérique

L'asphalte se perd dans le brouillard
Avec toute ces vies merdiques

Comme des fins de non-recrvoir

Flamme pâle des raffineries

Scintillement des grandes usines

Sidérurgie, pétrochimie

Sous un immense chape de spleen

Grisaille... (x4)
Affiches géantes sur les façades ternes

Coupée d'autoroutes embouteillées

Les gens baisse la tête

Comme un drapeau en berne

Et rasent les murs pour aller bosser

Gagnés par la fièvre froide de la zone

Qui a avalé les anciennes fortifs

engluant la ville dans sa fange monotone

Débordant maladivement sur les périphs

ParisV - Le chemin des dames


Paris Violence - Tolbiac



[Couplet 1]
Fini le temps des tripots, des fumeries d’opium
Des bordels, des clandés, des arrière-cours paumées
Plus que de grands entrepôts et de la méthadone
Des sacs de riz géants dans les supermarchés
Les canettes de Tsing Tao dans les salles d’arts martiaux
Ont remplacé l’encens qui flottait dans les rues
Plus que l’ANPE et les commerces de gros
La main d’œuvre bon marché et les larges avenues

[Pont]
Porte de Choisy, y’a combien de Chinois ?
Un jour je les compterai peut-être…
Lao-Tseu l’a dit, il faut trouver la voie
Alors je vais vous couper la tête

[Couplet 2]
Spleen des immenses immeubles dans l’averse du soir
Quand les restos chinois allument leurs enseignes
Dont les néons éclaboussent le sombre brouillard
De couleurs trop criardes qui dégouttent et qui saignent
Spleen des entrées dégueulasses des parkings souterrains
Gouffres de béton sale qui vont sonder l’enfer
De l’asphalte sans fin et du malaise urbain
Et les télés s’allument derrière les baies de verre

[Pont]
Tolbiac, Paris XIII°
Désespoir sur fond de HLM
Tolbiac, PARIS XIII°
Mal de vivre en front de Seine

[Couplet 3]
Pizzas à domicile, pizzas à emporter
Vidéo location, tabac ouverts la nuit
Boulevards embouteillés et ruelles encaissées
Stations de métro et stations de taxi
Orage tropical dans l’hiver parisien
Sur les feuilles des arbres de la résidence
Nervosité de 20 heures, Lotus Bleu sans Tintin
Et les fenêtres d’en face s’allument en cadence

[Couplet 4]
Spleen le long des docks comme dans les polars
Ou dans l’appartement toujours bien en bordel
Spleen de salle de bains ou spleen sur le plumard
En envoyant le Pariscope dans la poubelle
Vertige des solitudes dans la ville géante
[?] fourmis dans la Ville-Lumière
Balcons des hauts étages, et la chute te tente…
Allez, oublie tout ça et ouvre une autre bière

[Pont]
Tolbiac, Paris XIII°
Désespoir sur fond de HLM
Tolbiac, PARIS XIII°
Mal de vivre en front de Seine

Paris Violence - Budapest 56



[Couplet 1]
La Hongrie se lève
Contre la Pacte de Varsovie
Espérant se débarrasser
Du joug de la Russie
À Poznan, en Pologne
Rokossovski est bien tombé
Alors on prend les armes
On rêve d’un pays libéré
Déstalinisation et crise économique
Pourtant déjà on parle d’intervention soviétique
Et dans la capitale, la situation se tend
Les émeutes se propagent en affrontements sanglants

[Refrain] x2
Guerre Froide
Guerre Froide
Guerre Froide
Les T-34 entrent à Budapest

[Couplet 2]
Les chars de l’Armée Rouge
Tirent dans les bâtiments
Pourtant les partisans
Restent fiers et vaillants
À la radio on parle
De renforts américains
Mais les chars avancent toujours
Et on ne reçoit rien
On vide les chargeurs, on s’embusque dans les ruines
Les troupes de Khrouchtchev sont bien les mêmes que sous Staline
Novembre 56, dans les rues glaciales
La mitraille pleut par bourrasques de métal

[Refrain] x2
Guerre Froide
Guerre Froide
Guerre Froide
Les T-34 entrent à Budapest

[Couplet 3]
Sous le ciel de Novembre
Les immeubles défoncés
Découpent leurs masses sombres
Dégorgeant de fumée
On ne rêve plus de justice
Ni d’élections libres
Que de mort héroïque
Faute de pouvoir survivre
Si le bloc se fissure en Europe de l’Est
La Hongrie agonise sous la botte de l’URSS
La fin d’une illusion qui ne dura qu’un hiver
Voulant faire une nation d’une démocratie populaire

[Refrain] x2
Guerre Froide
Guerre Froide
Guerre Froide
Les T-34 entrent à Budapest

Paris Violence - Sur les comptoirs



Y’avait dans le nord de la ville
Vers la Chapelle ou Stalingrad
Entre Rochechouart et Belleville
Je sais plus trop, un petit rade
Il était plutôt délabré
Carreaux fêlés et formica
Mais il fermait presque jamais
Alors on était toujours fourrés là-bas

On était triste comme la foire du Trône
Par un froid dimanche pluvieux
Mais si on souriait à la patronne
On avait droit en rab’ à un verre ou deux
Et elle, c’est vrai qu’elle était belle
Comme le péché originel
Trop jeune avec ses vingt-cinq ans
Pour avoir échoué là-dedans

On la disait femme de marin
Et qu’en partant à Singapour
Un rafiot sombrant corps et biens
Aurait emporté son Jules pour toujours
Alors pour se consoler
Elle servait des demis pression
Des canons de rouge, des petits cafés
Et sa vertu pour quelques ronds

Ça se faisait dans la chambre au dessus
Tapissée de vieux calendriers
De posters affreux pris dans des revues
Et de photos de son naufragé
Elle semblait toujours si lointaine
Comme ces billes méridionales
Dont on rêve entre deux migraines
Sur un lit d’hôpital

En bas sa frangine, pendant ce temps
Continuait à remplir les verres
Elle avait le même regard océan
Mais avec une touche plus sévère
Et tous les métallos du quartier
La reluquaient sous leur casquette
Avec tous les mêmes yeux avinés
Derrière la fumée de leur cigarette

Et moi quand j’étais au comptoir
Avec mon verre de kir framboise
Et qu’il commençait à se faire tard
Et que j’avais une trop longue ardoise
Je pensais aux grandes vagues bleues
Qui avaient dû emporter le gonze
Rêvant de Tropiques et de Soleils radieux
En regardant notre ciel de bronze

ParisV - Novembre


ParisV - Un hiver en banlieue


ParisV - Terminus Pigalle